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Le secret des apprentissages qui marquent

  • Photo du rédacteur: Olivia Rolin
    Olivia Rolin
  • 28 avr.
  • 6 min de lecture

Une plongée au cœur de la résonance intérieure


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Quelle est la dernière musique à vous avoir émue ?

Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti ?

Où vous trouviez-vous à ce moment-là ?


Prenez un instant pour vous replonger dans cette scène.


Ce que vous avez ressenti en entendant cette musique ne tient pas uniquement à ses notes ou ses paroles. Votre émotion est née de la rencontre entre la musique et ce que vous viviez à cet instant : un son qui s’aligne avec vos ressentis, une phrase qui fait écho à vos préoccupations, un silence qui rend votre écoute plus intense… et sans le voir venir, vous êtes touché. Cet instant suspendu est fragile et éphémère - et pourtant, à ce moment précis, les conditions étaient réunies pour que la musique vous touche de cette façon particulière.


J’ai remarqué que l’expérience musicale nous permettait d’éprouver ce qu’il est parfois difficile de saisir intellectuellement en matière d’apprentissage :


Ce qui nous touche ne vient pas de l’information elle-même, mais de la relation que l’on tisse avec elle.


Le philosophe et sociologue Hartmut Rosa s’est plongé dans cette relation qui se noue à l’intérieure de nous et l’a qualifié de résonance. Pour lui, l’information se transforme, et surtout, nous transforme, dès lors que l’on entre en contact intérieurement avec elle.


Cette résonance est loin d’être systématique et ne peut être forcée. Elle dépend de notre disponibilité intérieure et de notre capacité à nous laisser affecter par le monde qui nous entoure. La plupart du temps, nous percevons des informations mais elles glissent sur nous sans parvenir à nous toucher, et donc à nous transformer.


Au quotidien ce n’est pas si gênant, mais en matière d’apprentissage, ça peut vite le devenir.


Dans une démarche pédagogique, Hartmut Rosa nous invite donc à prêter attention à la disponibilité intérieure des apprenants bien avant de penser à l’information qui leur est transmise. Il développe l’idée d’une pédagogie de la résonance qui consisterait non plus à apprendre à maîtriser le monde mais à réinventer sa relation au monde pour mieux s’y connecter.


Non plus faire apprendre donc, mais susciter une résonance.


Je me suis amusée à prolonger la métaphore sonore et musicale du début pour identifier les leviers pédagogiques à même de susciter et d’amplifier cette résonance dont parle Hartmut Rosa.


Je vous propose d’en explorer tout de suite 4 d’entre eux :

  1. Se mettre en condition d’accueil

  2. Vibrer juste pour faire vibrer

  3. Susciter la résonance à distance

  4. Amplifier la résonance grâce à l’espace



📍 Levier 1 : Se mettre en condition d’accueil

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Avant de commencer à chanter à pleine voix, les chanteurs se préparent. Ils prennent conscience des postures vocales qui les entravent et s’attèlent à les (re)lâcher. Ils s’échauffent sur des notes simples pour fluidifier le son et faire vibrer leurs résonateurs.


Le processus est très similaire pour les apprenants. Commencer par désapprendre certains réflexes qui ne leur servent plus va leur permettre de s’ouvrir à un autre fonctionnement. Ce sera peut-être contre-intuitif au début mais progressivement, cette nouvelle disposition intérieure va leur ouvrir de nouveaux possibles.


En situation d’apprentissage, ce travail sur la posture prendra la forme d’exercices simples et sans réel enjeu : des questions insolites pour favoriser la mobilité mentale par exemple (Comment concevoir une machine à fabriquer des nuages ?) ou un jeu de rôle pour se mettre dans la peau d’une personne qui adopterait déjà le comportement auquel on aspire.


Cultiver une disponibilité intérieure pour accueillir de nouvelles informations n’est pas limitée aux seules soft skills mais peut réellement s’appliquer à toute forme d’apprentissage.


Une fois prêts, les apprenants peuvent alors entrer en matière avec une écoute intérieure bien plus profonde.



📍Levier 2 : Vibrer juste pour faire vibrer

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Ce n’est souvent pas tant le son émis par un chanteur ou une chanteuse qui va nous toucher que la manière dont ils parviennent à le faire vibrer. Ces vibrations sont liées aux cordes vocales qui viennent faire résonner le son émis grâce à l’air des poumons. En vibrant, elles créent les harmoniques qui apportent au son fondamental toute sa subtilité et sa richesse. Ce sont ces harmoniques qui vont nous é-mouvoir, autrement dit, nous mettre en mouvement.

“Ce qui fait la grandeur d’une œuvre, c’est la somme totale des petits détails. Du début à la fin, tout est nuances et gradations. Il n’y a pas de balance universelle. Il ne peut y en avoir car ce sont parfois les plus infimes éléments qui pèsent le plus lourd.” Créativité, Un art de vivre. Rick Rubin

Ces infimes détails dont parle le producteur de disques Rick Rubin se situent souvent bien au-delà de ce que l’on pourrait maîtriser à l’avance. Dans une démarche d’apprentissage, c’est à la fois décourageant - car nous n’avons pas de prise sur le résultat - et libérateur - car puisque nous ne savons pas ce qui est bien, nous pouvons alors nous autoriser à faire ce qui nous semble juste.


Nous l’avons tous déjà observé, un même cours peut devenir terriblement ennuyeux quand animé par un enseignant trop scolaire, et captivant au contact d’une personnalité passionnée.


Pour ma part, les enseignants qui m’ont marqué avaient des profils très différents les uns des autres, mais en y repensant, j’ai observé qu’ils avaient tous un point commun : leur authenticité face à leurs élèves. Ils ne cherchaient pas tous à s’adapter à leurs élèves - loin de là ! - mais ils enseignaient pleinement à partir de qui ils étaient, et leur message parvenait à me toucher.


Au-delà de toutes les bonnes pratiques enseignantes que nous pouvons lire, je pense qu’une des clés pour faire vibrer ses apprenants, c’est d’abord de vibrer juste soi-même.



📍Levier 3 : Susciter la résonance à distance

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Si deux cordes d’un instrument sont accordées à la même fréquence, la vibration de l’une peut faire vibrer l’autre à distance, sans contact. C’est ce qu’on appelle en acoustique, la résonance par sympathie.


Dans ce phénomène, c’est en déployant tout son potentiel propre que la première corde aura des chances de toucher la seconde, pas en agissant directement sur elle.


Dans les pratiques centrées sur les apprenants, nous essayons parfois trop fort de nous adapter à eux, de faire ce qui semble le mieux d’après ce que nous avons compris de leurs besoins et de leurs attentes. L’intention est bonne, mais le risque est parfois de se décentrer et de ne plus réussir à déployer son propre potentiel, celui-là même qui touche les apprenants et les invite à se transformer. En relâchant la pression, nous leur permettons d’apprendre librement, et nous nous autorisons au passage à faire de même.



📍 Levier 4 : Amplifier la résonance grâce à l’espace

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En acoustique, c’est la caisse de résonance qui amplifie les vibrations émises. Le son rebondit dans un volume creux qui le propage ensuite aussi loin que possible. Les musiciens accordent une attention particulière aux résonateurs de leurs instruments autant qu’aux espaces physiques qui les accueillent. Ce sont eux qui amplifient le potentiel de départ de leur musique.


En dehors de l’univers musical, nous n’entendons pas la résonance et avons donc tendance à négliger l’espace physique en pensant qu’il n’a que peu d’impact sur ce que nous vivons. Le corps et l’environnement physique influencent pourtant de la même manière la façon dont les apprentissages vibrent pour nous.


Nous avons la possibilité d’amplifier nos apprentissages en aménageant nos espaces physiques comme des espaces de résonance. Je vois beaucoup de personnes chercher à placer des cloisons, du mobilier, des objets… avant de constater, parfois trop tard, le manque de fluidité. J’ai pris le parti pour ma part de toujours modeler les pleins par le vide et non l’inverse : penser d’abord le corps, les circulations, les croisements et les rencontres, avant d’y ajouter quelque mobilier que ce soit. Chaque chose est ensuite ajoutée au besoin avec la conscience de ce qu’elle amplifie, et potentiellement absorbe, de la résonance que l’on souhaite créer.



Je termine cet article avec une invitation pour vous, valeureuse lectrice, valeureux lecteur, qui êtes allé au bout de cette exploration du mois ! Une invitation à mettre au moins l’un de ces quatre leviers en action en fonction de ce qui vous semble aujourd’hui le plus accessible et surtout, le plus sympathique :)

 
 
 

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