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Mais pourquoi je n’arrive pas à travailler ici ?

  • Photo du rédacteur: Olivia Rolin
    Olivia Rolin
  • 2 juin
  • 4 min de lecture

Cartographier l'invisible


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Ces dernières années, les bonnes pratiques en matière d’aménagement d’espace de travail se diffusent un peu partout pour que chacun puisse travailler dans de bonnes conditions : bureau à hauteur réglable, chaise ergonomique, second écran, lampe orientable… On n’arrête plus le progrès !


Pourtant, quand j’échange avec des personnes qui travaillent sur ordinateur, qu’ils soient chez eux ou dans les locaux de leur entreprise, une phrase revient souvent :


Je suis plutôt bien équipé, mais je n’arrive pas à me concentrer.


C’est ce genre de témoignage qui m’a amené à proposer, l’année dernière lors du Sommet des freelances du digital learning, une petite expérience joyeusement appelée 1pic 1tip. En bref, les participants qui le souhaitaient pouvaient m’envoyer une photo de leur espace de travail ainsi que la problématique qu’il rencontrait, et je leur envoyais en retour un conseil personnalisé.


Parmi les messages que j’ai reçus, certains m’ont confié ne pas réussir à fixer leur attention plus de quelques minutes devant leur écran sans avoir la bougeotte. D’autres finissaient systématiquement sur le canapé ou sur la table de la cuisine, même lorsqu’un bureau bien équipé est présent. Et pour beaucoup, rester dans l’espace prévu pour travailler entraînait une forme de fatigue ou de mal être.


Avec leurs photos à l’appui, ces témoignages m’ont permis de confirmer une chose :


Les espaces a priori bien pensés ne sont pas toujours ceux que l’on investit vraiment ou qui nous ressourcent.


À l’inverse, certains lieux inattendus deviennent de vrais refuges créatifs ou productifs.


Pour comprendre le pourquoi du comment, je me suis progressivement éloigné de l’espace perçu - celui que l’on voit, que l’on conçoit, que l’on équipe - pour développer une approche axée sur l’espace vécu - celui que l’on ressent, que l’on habite corporellement et émotionnellement.


Et forcément, en changeant de regard, j’ai aussi changé d’outils.

Aujourd’hui, j’aimerais vous partager l’un de ceux que j’utilise régulièrement dans mes diagnostics, et qui me semble à la fois simple, accessible, et profondément révélateur : la cartographie sensible.


Mais qu’est-ce donc que la cartographie sensible ?


À l’origine, c’est un outil qui est mobilisé dans les démarches d’urbanisme participatif. On l’utilise pour représenter les ressentis et les perceptions de celles et ceux qui traversent et habitent l’espace urbain.


Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des données techniques, l’outil fait émerger une vision incarnée du territoire en donnant la parole (et des crayons !) aux usagers.

Je me suis beaucoup inspirée du travail de Quentin Lefèvre qui creuse le sujet depuis plusieurs années, et croise art et science dans son approche pour penser la ville autrement.


Source : Site web de Quentin Lefevre - Une carte simple et efficace
Source : Site web de Quentin Lefevre - Une carte simple et efficace
Source : Site web de Quentin Lefevre - Aussi possible en 3D
Source : Site web de Quentin Lefevre - Aussi possible en 3D

Ces cartes n’ont pas vocation à être précises au sens topographique du terme. Elles visent avant tout à rendre visible l’invisible et à “objectiver la subjectivité” comme le dit Quentin Lefevre, pour mieux la prendre en compte.


La cartographie sensible révèle ce que les usagers sentent sans toujours réussir à le formuler.


J’ai été tellement emballée par cet outil que j’ai décidé de l’adapter aux contextes d’apprentissage et de travail : entreprises, écoles, organismes de formation, tiers-lieux, bibliothèques, coworking, espace de travail indépendant.


Ces espaces peuvent être cartographiés de différentes façons en fonction de ce que l’on cherche à révéler : les endroits où l’on aime s’installer, les lieux que l’on évite, les endroits où l’on parvient à se concentrer et ceux où l’on a l’habitude de nourrir des idées… le champ des possibles est très large !


Comment se déroule un atelier ?


Il peut démarrer tout simplement d’un plan du lieu que le ou les usagers annotent par des mots, des couleurs, des symboles, de façon libre ou bien guidée pour sortir plus facilement du cadre établi. Certains créent leur propres légendes, d’autres ajoutent des bribes d’histoires vécues qui ont été significatives. L’idée n’est pas d’aboutir à une “jolie carte” mais à une carte qui traduit au mieux ce que l’on vit.


Si vous souhaitez vous prêter à l’exercice dans votre contexte de travail ou de formation, rassurez-vous ! Vous n’avez pas besoin de compétences particulières en dessin. Un plan approximatif de votre espace et quelques crayons de couleurs et stylos sont suffisants pour vous lancer.


Source : site web de Quentin Lefevre - Même des posts-it peuvent faire l’affaire !
Source : site web de Quentin Lefevre - Même des posts-it peuvent faire l’affaire !

Lorsque l’environnement de travail ou d’apprentissage est partagé, les cartes réalisées à titre individuel peuvent donner lieu dans un second temps à une carte de synthèse qui met en lumière les tendances communes sans gommer les points de divergences.


Source : Site de Quentin Lefevre - Une carte de synthèse réalisé par des graphistes
Source : Site de Quentin Lefevre - Une carte de synthèse réalisé par des graphistes

Appuyées par d’autres méthodes d’enquête, ce type de carte permet de formuler des recommandations concrètes : réorganisation spatiale, ajustement de mobilier, redistribution des fonctions, modification de certains usages, mise en place de nouveaux repères…


Elle redonne une légitimité aux ressentis qui restent, au-delà de toutes les évolutions techniques, au cœur de notre efficacité et de notre bien-être.

 
 
 

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